LIGNE C


Dans un premier temps, j'ai fabriqué un livre, puis j'ai réalisé cette vidéo. J'ai souhaité mettre en images le quotidien, accepté d'une façon insignifiante et l'isoler pour mieux le taire.
Je désirais montrer comment ces répétitions pouvaient être uniques, quelquefois pesantes mais néanmoins nécessaires à ma construction. Ces instants recommencés changent mon regard sur ces voyages urbains, comme si j'allais retrouver un certain moment de mon existence. Comme ce jour où j'ai utilisé cette voie la première fois. J'observais ces paysages
sans relâche, ne voulant rien perdre de ce morceau de temps que je devinais unique.
Je regardais les maisons et j'essayais de deviner ce qui se tramait à l'intérieur de chacune d'elle. J'examinais ce fleuve si secret aux histoires impénétrables.  L'excitation de ce voyage me poursuit encore. J'aimerais retrouver cet enthousiasme que le temps a immobilisé. Je ne peux me défaire de ces images, elles me hantent inlassablement. Cette façon de saisir ces événements du quotidien m'accaparent, comme si elles faisaient de moi une indisciplinée de la banalité ordinaire. Redécouvrir à chaque trajet ce spectacle, qui comme ce train me berce délicatement, m'apaise. Saisir ces atmosphères comme si elles m'apparaissent autres à chacun de ces passages renouvelés. Elles sont là, toujours présentes, si proche que je ne les aperçois plus, à l'image d'un être proche auquel on en oublie jusqu'à son souffle…Mais que je devine encore. J'aimerais les négliger même si elles font partie de moi, de mon univers… je n'y parviens pas. Ces instantanés qui défilent et se trouvent éternellement aux mêmes endroits, qui change d'aspects en fonction de mes humeurs, j'essaie vainement de ne pas les contempler. Ce regard n'est jamais le même, il me conduit à m'interroger sur ce qui fait que je suis plus ouverte à ressentir telles sensations plutôt que d'autres. LigneC, est un film qui met en évidence l'ordinaire d'une existence mais qui reste fortement
ancré dans une platitude qui peut être mortifère. De ces pensées,
qui se noient à travers ces kilomètres traversés sans fins et se renouvellent, que m'en reste-il? Des images, qui filent et défilent, et vivent à mes côtés comme pour me réconforter. Ces représentations qui transpirent en moi, si liées que je ne peux m'en détacher. Que faire pour les maintenir dans le cocon d'un agréable souvenir et non pas dans une série d'actions aux refrains ordinaires et pénibles?
Essayer de coller des impressions les unes après les autres. De ce quotidien doit naître l'unicité,
cet instant qui ne repassera plus.
Je ne veux plus les perdre dans les souvenirs entassés de ma vie. Ce paysage que mon regard
redécouvre à chaque passage, bien malgré moi...mais que j'aime malgré tout.

-2005-
 
LIGNE C
 
     

 

 

 
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